langue
Accueil | Articles | Amine el-Bacha, l’oiseau (tellement) libre de la peinture libanaise…
Amine el-Bacha, l’oiseau (tellement) libre de la peinture libanaise…
Encres, aquarelles, sculptures peintes et huiles, toutes signées Amine el-Bacha, trônent au premier étage du musée Sursock.

Amine el-Bacha, l’oiseau (tellement) libre de la peinture libanaise…

C’est par un joyeux ensemble d’œuvres du maître âgé de 85 ans que le musée Sursock inaugure son cycle d’expositions en hommage aux grands artistes libanais présents dans ses collections.

À 85 ans, il a gardé cette émouvante capacité à s’émerveiller, qui lui fait s’exclamer spontanément « Que c’est beau ! » en découvrant l’accrochage de ses œuvres au premier étage du musée Sursock. Il ne manquera d’ailleurs pas de féliciter chaleureusement la responsable des collections du musée, Yasmine Chemali, qui en a signé la scénographie. Puis, pointant du doigt un grand tableau représentant La Cène, il confie : « C’est la toile qui parle le mieux de moi. Vous voyez cette plage claire dans sa partie supérieure ? Quelqu’un m’a fait remarquer qu’elle évoque la forme d’un N en caractère arabe. Ce qui fait référence au mot Nour. Je n’y avais pas pensé en en faisant la composition, mais l’interprétation m’a frappé par sa justesse. Cette pièce est pour moi vraiment à part », insiste-t-il.

Ce regard positif et bienveillant, Amine el-Bacha l’a porté aussi bien sur les êtres que les paysages, les situations ou encore les objets, tout au long de ses 60 ans de pérégrinations artistiques. Et ce regard se transmet spontanément aux visiteurs de l’exposition monographique qui lui est consacrée jusqu’au 12 mars 2018. Cette Partitions et couleurs inaugure un cycle d’hommages à des artistes confirmés présents dans les collections du musée Sursock. Car il suffit de poser son regard sur les peintures d’Amine el-Bacha pour pénétrer instantanément dans un univers radieux. Il suffit de contempler les personnages, les oiseaux, les arbres, les cœurs et les nuages de ses dessins pour emprunter les allées ludiques d’un retour vers le monde de l’enfance. Mais aussi retrouver, dans ses aquarelles rehaussées de tracés à l’encre, le charme (passé) d’une Méditerranée sans frontières et la poésie enjouée des petits détails du quotidien… Impossible de parcourir cette exposition sans ressentir cette ode à la joie qui nimbe toute l’œuvre de ce peintre, aquarelliste, illustrateur et sculpteur. Et sans imaginer le frétillement de son pinceau qui, depuis la fin des années 50, délivre ses couleurs, joyeuses, joueuses, rythmées et ensoleillées sur tout ce qui l’entoure : toiles, papiers, mais aussi bouts de bois, cadre de tableau, paravents…

L’accrochage, qui emprunte quasiment toutes ses œuvres à la Fondation Amine el-Bacha, met l’accent sur quatre grands thèmes qu’il a traités sans discontinuer.

« Il y a, dans la foi chrétienne… »

Il y a d’abord le paysage, « aux couleurs libanaises, même dans les peintures de ses années parisiennes », relève le critique Fayçal Sultan qui a signé le texte d’introduction à l’exposition. Et l’abstraction, « parce que dès les années 60, la géométrisation des formes et leur compartimentation sont très fortes chez lui », indique, pour sa part, Yasmine Chemali.

Ensuite, la musique, qui rythme son geste pictural de manière innée, tout simplement parce qu’il fait partie d’une famille de musiciens (Abdel Rahman el-Bacha est son neveu). « Et puis j’aime beaucoup le mariage du corps et de l’instrument, spécialement le violoncelle », signale-t-il.

Puis le thème du fantastique, qu’il s’amuse à explorer à travers des représentations du tarot des cartomanciennes ou des corps en lévitation, des humains à têtes d’animal ou encore une montre siégeant entre les convives d’un Dîner intime (huile sur toile de 2004).

Et enfin, La Cène, qu’il revisite à sa manière dans de nombreuses huiles et aquarelles, au cours de ses années italiennes entre 1976 et 1985. « Il y a dans la foi chrétienne quelque chose de plus pictural que dans les autres religions », affirme Amine el-Bacha pour expliquer sa fascination pour cette thématique. La seule qu’il a, sans doute, traitée dans un registre grave. Puisque ce thème s’immiscera à nouveau dans sa peinture du début des années 90, lorsqu’il exprimera la violence guerrière, la mort, la destruction, mais aussi la résurrection en reproduisant l’intérieur brûlé et détruit de l’église Saint-Georges du centre-ville avant sa reconstruction.

Irrévocable pacifiste

Cette série sera la seule entaille faite à son désir d’ignorer la guerre dans ses toiles. Car cet « irrévocable pacifiste », ainsi qu’il se définit, n’a cessé de peindre, même au plus fort des événements, des fleurs, cœurs, palmiers, fruits, amants, horizons bleus éclairés de mille soleils et traversés par l’oiseau libre…
À propos d’oiseau, c’est toujours avec la même fraîcheur qu’il raconte, avant de clôturer l’entretien, cette histoire d’oiseau entré un jour par la fenêtre pour aller se poser directement sur le cadre de l’un de ses tableaux représentant un oiseau.
Et c’est toujours avec autant de bonheur qu’il continue de peindre, « des femmes, beaucoup de femmes en ce moment », signale-t-il, le regard malicieux… Et toujours tourné vers le futur. « J’espère que je vivrai encore longtemps pour continuer à peindre. Rien que pour mon plaisir », lance-t-il en conclusion.

L’Orient Le Jour

A propos de admin