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Pourquoi Maria Callas reste et restera la diva assoluta
Samedi 16 septembre marquait la 40e année du décès de « la divine ». Maria Callas aurait eu 94 ans... AFP / ALFREDO MICCOLI

Pourquoi Maria Callas reste et restera la diva assoluta

Samedi 16 septembre marquait la quarantième année du décès de « la divine ». Elle aurait eu 94 ans. L’art lyrique a connu une médiatisation et un essor impressionnants, mais elle reste toujours la valeur étalon, au cœur de l’imaginaire collectif, comme la représentation la plus parfaite de la diva. Voici pourquoi.

Sa voix

La voix de la Callas a toujours été sujet à discussions. Alors qu’elle est reconnaissable entre toutes, les spécialistes aiment à s’écharper sur sa qualité. Carlo Maria Giulini, un chef d’orchestre hors pair, la définit ainsi : « Sa voix est un instrument extrêmement spécial. Il arrive que la première fois où vous écoutez le son d’un instrument à cordes – violon, viole, violoncelle –, votre première sensation soit quelque peu étrange. Au bout de quelques minutes, lorsque vous vous y êtes habitué, le son acquiert des qualités magiques. J’ai défini Callas. » Une chose est sûre : parce que Maria Callas a suivi une cure d’amaigrissement, sa voix a changé, passant de celle d’une soprano dramatique aux aigus exceptionnels à celle d’un grand soprano léger. Et contrairement à beaucoup de ses consœurs, la diva peut jouer tous les rôles. Mais cette diversité et la perte de 40 kilos vont affecter sa voix, ce qui la poussera, entre autres raisons, à stopper sa carrière.

Sa personnalité

Il ne peut y avoir de destin comme celui de la Callas sans une personnalité hors du commun. Un goût du travail poussé à l’extrême, une ambition sans bornes, et des idées bien arrêtées sur ce qu’elle peut et veut faire, ce qui lui vaudra de vivre des scandales à répétition tout le long de sa carrière. Se permettant de stopper une représentation à la fin du premier acte, en présence du président de la République italienne, elle n’a pas non plus peur de dire non à l’omnipotente Scala de Milan lorsque cette dernière essaye de lui imposer une représentation supplémentaire au festival d’Édimbourg.
Et elle n’aura jamais peur de s’exprimer publiquement, de montrer ses colères, ajoutant ainsi au mythe de la diva totale, inatteignable et intouchable.

Sa modernité

La vraie révolution Callas, c’est l’importance qu’elle a donnée au jeu d’acteur. Avant Maria Callas, les cantatrices se contentaient de chanter. Depuis Callas, elles jouent, habitent leurs rôles. La cantatrice imposante et immobile, qui chante juste en bougeant les bras, voilà ce à quoi faisait face Maria Callas quand elle a débuté. Voulant marquer son art et ayant les armes pour le faire, l’étendue de son répertoire, sa facilité dans les langues étrangères et sa capacité de travail énorme lui ouvrent le champ des possibles. C’est la vérité qu’elle mettra dans ses interprétations qui rendront chacun de ses rôles inoubliable. L’immense Lucchino Visconti a vu en elle des possibilités qui lui ont donné envie de mettre en scène des opéras. Il ne travaillera quasiment qu’avec elle et lui offrira ses plus belles partitions. La Traviata, jouée à la Scala en 1955, s’imprime dans les mémoires comme leur chef-d’œuvre absolu, et pour elle, un moment de vérité dramatique. Elle y est réellement Violetta, cette dame aux camélias passionnée et excessive, mêlant sa vie personnelle au destin de ses rôles. Elle est aussi Norma, femme amoureuse délaissée par le père de ses enfants ou par son amoureux d’armateur grec, on ne sait plus.

Sa vie privée

Le mythe de la Callas n’aurait jamais pu prendre autant de puissance si son destin personnel n’avait pas été aussi tragique, tumultueux et passionné. Personnage dramatique dans la vie, son histoire d’amour avec Aristote Onassis continue à marquer les esprits et reste gravé dans le panthéon des amours célèbres. De 1959 à 1963, ils vont vivre une love story très puissante et très médiatisée. Elle décide, entre autres, de quitter la scène pour se consacrer à sa vie de femme et à sa relation avec le milliardaire. Mais le sang grec est en ébullition et son bateau très accueillant : pendant qu’Onassis compare les avantages respectifs des deux sœurs Bouvier (Jackie Kennedy et Lee Radziwill), Maria Callas souffre, mais continue à le voir en cachette. Toute sa courte vie, elle aimera cet homme qui ne le lui rendra pas, ou pas de la même manière. Alors qu’il est mourant à l’Hôpital américain, c’est toujours elle qui le visite et le soutient.

Le mythe

La carrière de la Callas aura été relativement courte avec une apogée de 15 ans et une retraite anticipée à 40 ans. Elle aura interprété un total de 621 représentations, sur lesquelles 200 seront consacrées au trio Norma, Traviata et Tosca. On peut facilement réduire son importance à la vue de ces chiffres. Mais un mythe se construit sur autre chose, et c’est pourtant toujours son nom qui sort en premier quand on demande aux gens de citer une cantatrice. Peu de chanteuses modernes peuvent se targuer d’avoir des produits dérivés à leur nom, des films et des livres sur leur vie, et surtout, d’engendrer autant d’émotions à l’écoute de leurs interprétations.
Quarante après après sa mort, la « voix du siècle » brille toujours au firmament de l’opéra, comme l’attestent les parutions en cascade de disques et de livres, et les deux grandes expositions que lui consacrent Paris et Milan pour cet anniversaire.

L’Orient Le Jour

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