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Que faire lorsqu’on ne reconnaît plus son ado ?
Que faire lorsqu’on ne reconnaît plus son ado ?

Que faire lorsqu’on ne reconnaît plus son ado ?

Secret, mutique, insaisissable, parfois violent, agressif… Certains parents ne reconnaissent plus leur enfant dans l’adolescent qu’ils hébergent mais avec lequel ils n’arrivent plus à communiquer. Le père Joël Pralong, supérieur du séminaire de Sion (Suisse) et auteur de « Aimer sa famille comme elle est » (Editions des Béatitudes, décembre 2018) donne quelques conseils pour rétablir le contact.

Chez un adolescent, les émotions occupent plus de place que sa raison. Il est hypersensible, irritable, plus vulnérable qu’avant. Son humeur oscille entre coups de blues et coups de cœur, coups de gueule et demande de câlins, ça dépend… Petit à petit, s’il vous sentira proches de lui et aimants, il apprendra à maîtriser sa monture, sans se laisser entraîner par elle. Comme le petit oiseau longtemps protégé dans le nid des parents, il veut soudainement voler de ses propres ailes, mais il reste fragile. Au fond, il sait qu’il a besoin de vous, de vos conseils.

Il était bavard comme une pie et il est devenu très secret

Certains jeunes peuvent soudain devenir secrets. On se demande ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent… Ils ne répondent jamais aux questions. Que faire, à part les supplier ou les sermonner ? D’abord, ne lui posez jamais de questions importantes sur sa vie, ne lui faites pas non plus la morale, aussi profitable soit-elle, vous allez le bloquer davantage. Et il ne vous dira rien. Informez-vous le mieux possible sur sa vie et ses relations, mais discrètement. Sachez que l’initiative du dialogue viendra toujours de lui, lorsque lui l’aura décidé, et ce, dans les moments où vous vous y attendez le moins : lorsque vous êtes en retard et que vous n’avez pas le temps, quand vous êtes fatigué, prêt à vous coucher ou bien scotché devant votre émission préférée, etc. Ils sont comme ça les ados, ils fonctionnent à l’humeur ! Il faut saisir la balle au vol…

Il était doux comme un agneau, mais maintenant, il est d’une agressivité !

Il arrive qu’un adolescent refuse l’autorité de ses parents, qu’il se sente à l’étroit dans sa famille, il dira qu’on lui met trop d’interdits, et alors il peut devenir agressif, violent parfois. J’interpellais un jour un groupe d’ados (14 ans) : « Et si vos parents décidaient un jour de lever toutes les règles, sauteriez-vous de joie ? » Réponse : « Ah non ! On aurait l’impression qu’ils s’en fichent de nous, qu’ils ne nous aiment plus ! » Rassurez-vous, les règles, c’est une preuve d’amour ! Mais lui ne vous le dira jamais. Ne baissez jamais la cadence, soyez un mur d’amour contre lequel il peut muscler sa volonté et trouver un jour son indépendance. Pour lui, s’opposer c’est se poser. Surtout, soyez clairs dans vos consignes, puis tenez bon ! Ses colères structurent sa personnalité : il existe, il s’affirme et se perçoit comme un interlocuteur valable en face de quelqu’un. Il teste ses limites et les vôtres. Si vous lâchez prise, il ira chercher ailleurs un plus fort. Sans vis-à-vis solide, il ne pourra plus se maîtriser, il cherchera noise à tout le monde, et cela peut devenir dangereux.

Mais n’acceptez pas la violence, il doit vous respecter. Dans ce cas, il est de votre devoir de sévir et de punir, mais d’abord laissez passer l’orage, ne hurlez pas plus fort que lui. Les limites et les oppositions sont vitales pour deux raisons : d’abord elles le rassurent en lui prouvant qu’il n’est pas livré à lui-même, ni abandonné ; ensuite, elles le protègent d’une surenchère passionnelle qui tôt ou tard le brisera.

Je me souviens de ce groupe d’ados réuni chez moi, un soir, en train de se plaindre de leurs parents à cause des interdits. Cédric, 15 ans, ne disait rien. À la fin, tout triste, il leur lance : « Si vous saviez la chance que vous avez d’avoir des parents qui vous interdisent ! Les miens me laissent faire ce que je veux, parce qu’ils n’ont jamais le temps pour moi… Je n’existe pas dans la famille. » Grand silence dans le groupe…

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