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« Help », société en péril !

Quel sort aurait-on réservé aux œuvres de Luchino Visconti, Pier Paolo Pasolini ou Pedro Almodovar, voire Stanley Kubrick, s'ils étaient nés à Beyrouth ?…

Cette question, qui tient fort heureusement (pour les artistes en question) de l'absurde, mérite toutefois d'être posée face à l'acharnement de la part des censeurs dont fait l'objet le long-métrage Help de Marc Abirached, interdit de diffusion au cinéma au Liban.
Il ne s'agit certes pas de comparer l'incomparable. Marc Abirached en est encore à son premier long-métrage, et il serait évidemment fort abusif, voire hypercaricatural de le comparer à l'un de ces grands maîtres du cinéma. Cependant, ce n'est pas la qualité cinématographique (discutable) du film d'Abirached qui fait l'objet de cet article, mais plutôt une certaine audace dont il a fait preuve en brossant des personnages tout à fait réalistes, mais qui échappent probablement aux clichés dans lesquels certaines autorités continuent, au Liban, à vouloir confiner la société beyrouthine. Des clichés qui tiennent plus, par ailleurs, d'une république vertueuse et imaginaire que de la réalité.
Les « héros » du film Help, s'il y en a vraiment, sont des gens comme les autres, mais des outsiders de la société, et c'est peut-être cela qui aura conduit la Sûreté générale à retirer la licence d'exploitation qu'elle avait d'abord octroyée au film ou encore le Centre catholique d'information à jeter l'anathème sur l'œuvre. L'histoire est toute simple et raconte la vie de quelques personnages minables, des « chevaux de retour », des propres à rien, qui se croisent, se frôlent et entrent parfois en collision. Cependant, ces rencontres et ces collisions dues au hasard pur modifient le destin de chacun d'entre eux d'une manière tout à fait déterminante. Il s'agit un peu de la même idée de départ que le film Crash de Paul Haggis, qui avait remporté, il y a quelques années, l'oscar du meilleur film. Avec, bien sûr, moins d'ambitions, moins de moyens et moins de sentimentalisme qu'à Hollywood.
Un enfant de rue, une prostituée, un homosexuel à la limite du travesti, un chauffeur de taxi et un caïd de la mafia ; tels sont les personnages principaux qui évoluent dans Help. À peu de choses près, il s'agit du même idéaltype de personnages que Slumdog Millionnaire de Danny Boyle, auquel nous avons quand même eu droit (rendons gloire à la Sûreté et au CCI, tout-puissants !). Ce n'est donc pas ce type de personnages en général qui aura gêné les censeurs, mais plutôt le fait qu'ils déambulent dans les rues du Beyrouth noctambule. C'est aussi le fait que l'on puisse voir trois fois – et très brièvement, sans aucun voyeurisme gratuit de la part du réalisateur – les seins de l'héroïne, ou encore deux homosexuels partager le lit d'une prostituée dans une scène de triolisme plus suggestive et pudique que choquante, un proto-travelo manifester sa volonté de séduire un jeune garçon d'une douzaine d'années, ou enfin une jeune fille du monde sniffer avidement une ligne de coke dans les toilettes d'un pub…
Si c'est cela – au demeurant montré avec audace, mais sobrement et sans excès – qui a choqué les censeurs, il faut tout de même les inviter à se rendre à l'évidence : Beyrouth, et l'ensemble du Liban aussi, est peuplé de créatures nocturnes qui ressemblent à celles qui sont représentées dans le film de Marc Abirached. Quand donc arrachera-t-on ce masque hypocrite de vertu, alors que tous ces phénomènes sociaux existent réellement, bien visibles et parfaitement assumés, dans chaque recoin du pays et à tous les niveaux, dans toutes les strates de la société ? Pourquoi condamne-t-on un film dont le seul crime est peut-être de montrer une réalité « alternative » que les parangons de la vertu à la Sûreté générale ou au CCI se bornent à vouloir ignorer ?
Pas plus tard que le 3 mars, l'émission Téléclinique sur Télé-Liban, au cours de laquelle Marc Abirached présentait son film, a tout bonnement été suspendue à la suite de la pause publicitaire ! C'est de cette manière que l'on bafoue le droit à la différence, et qu'on incite nos jeunes talents – qui s'inspirent au demeurant de ce que leur société leur montre – à émigrer et produire leurs films en Europe et aux États-Unis. Quelle belle leçon de démocratie et de respect des autres ! Le message transmis par la censure est clair : nous n'avons jamais été moins à l'écoute de ce que nos jeunes, nos artistes ont à nous dire, des mécanismes sociaux, politiques et culturels qu'ils souhaitent dénoncer, ou tout simplement montrer sans jugement de valeur. Nous voulons qu'ils soient fidèles à notre propre hypocrisie, qu'ils n'aient pas cette nécessaire et créatrice mauvaise conscience, qu'ils ne se posent pas les questions qui nous gênent et qu'ils ne les montrent surtout pas ! Nous voulons qu'ils ne montrent que la blancheur de nos montagnes (transformées en carrières pour quelques politiciens influents et véreux) et la verdure de nos cèdres (qui sont malades tant l'environnement et le patrimoine sont le dernier de nos soucis), pour continuer à figer le Liban dans cet insupportable cliché que nous entretenons avec ce sourire aseptisé et néanmoins parfaitement fourbe. Sinon, qu'ils aillent réaliser des publicités pour le public du Golfe ; et au diable le cinéma libanais !
La censure est d'un autre âge. Médiéval. Continuer à la pratiquer de cette manière idiote, c'est déresponsabiliser l'individu et tuer le citoyen qui est en gestation au fond de lui-même. C'est, par transitivité, assassiner toute une société et l'aliéner dans l'ignorance et l'imbécillité. Tiens, en voilà un sujet pour le prochain film de Marc Abirached, maintenant qu'il a lui-même été victime de ce mal ! Et, en attendant, gageons que, censure ou pas, tous les Libanais verront Help en copie DVD piratée chez eux bien au chaud, sans conviction peut-être, mais par défi, certainement !

Par Michel HAJJI GEORGIOU
l'Orient le Jour 09.03.2009

عن الاتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة - لبنان

عضو في الإتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة UCIP الذي تأسس عام 1927 بهدف جمع كلمة الاعلاميين لخدمة السلام والحقيقة . يضم الإتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة - لبنان UCIP – LIBAN مجموعة من الإعلاميين الناشطين في مختلف الوسائل الإعلامية ومن الباحثين والأساتذة . تأسس عام 1997 بمبادرة من اللجنة الأسقفية لوسائل الإعلام استمرارا للمشاركة في التغطية الإعلامية لزيارة السعيد الذكر البابا القديس يوحنا بولس الثاني الى لبنان في أيار مايو من العام نفسه. "أوسيب لبنان" يعمل رسميا تحت اشراف مجلس البطاركة والأساقفة الكاثوليك في لبنان بموجب وثيقة تحمل الرقم 606 على 2000. وبموجب علم وخبر من الدولة اللبنانية رقم 122/ أد، تاريخ 12/4/2006. شعاره :" تعرفون الحق والحق يحرركم " (يوحنا 8:38 ).