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Vietnam : Interview du vice-président de la Conférence épiscopale

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh, évêque de Thanh Hoa, vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Vietnam, a été, à plusieurs reprises, interviewé pour les lecteurs d'Eglises d'Asie (1). A son retour de la visite ad limina à Rome en juin 2009,

il avait bien voulu nous parler de la préparation de l'Année sainte dans son diocèse comme dans l'Eglise du Vietnam tout entière. Aujourd'hui, de passage à Paris pour l'ordination d'un diacre de son diocèse à Notre-Dame de Paris, il fait, pour nous, le point sur la célébration de l'Année sainte. Il s'est aussi efforcé d'éclairer les lecteurs sur la période agitée vécue aujourd'hui par l'Eglise du Vietnam en raison de la démission de l'archevêque de Hanoi.

Mgr Linh est né en 1949 dans la paroisse de Ba Lang, du diocèse de Thanh Hoa, dont il est aujourd'hui l'évêque. Il n'a que 5 ans lors de l'exode général de 1954, au cours duquel sa famille rejoint le diocèse Nha Trang, au Sud-Vietnam. C'est là qu'il entamera et poursuivra sa formation au sacerdoce, une formation qui s'achèvera en en 1978. Mais, à cause des circonstances politiques, il lui faudra attendre l'année 1992 pour être ordonné prêtre. Il est ensuite envoyé en France, où il obtient un doctorat de philosophie à l'Institut catholique de Paris. Peu de temps après son retour au Vietnam, il est nommé et consacré évêque de son diocèse d'origine. Il est aujourd'hui vice-président de la Conférence épiscopale du Vietnam.

Eglises d'Asie – Dans une précédente interview, vous nous aviez précisé que votre diocèse était particulièrement concerné par l'Année sainte, célébrant au Vietnam les 350 années de l'histoire de son Eglise. Pourriez-vous nous dire aujourd'hui quel a été l'impact des diverses étapes de cette célébration sur les fidèles de votre diocèse ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – Une des activités les plus significatives du programme de l'Année sainte est certainement celle qui s'est développée dans notre diocèse autour des six centres de pèlerinage que nous avons créés à cette occasion dans nos six doyennés. Chacun d'entre eux a reçu la charge d'organiser une célébration commune pour l'ensemble du diocèse. Les fidèles qui sont venus participer à ces célébrations ont eu ainsi l'occasion de se rencontrer et de nouer des liens plus forts avec les communautés de ces paroisses. En outre, nous avons invité les catholiques de notre diocèse à se rendre dans les autres centres créés dans les diocèses voisins. Ainsi, l'Année sainte a été véritablement un temps où les fidèles de Thanh Hoa ont vécu le mystère de la communion dans l'Eglise d'une façon concrète, une expérience qui ne s'est pas cantonnée à l'intérieur du diocèse mais qui a largement dépassé ses limites. Au total, les fidèles ont accueilli l'Année sainte avec un grand enthousiasme et en ont éprouvé beaucoup de satisfaction. Ils ont eu l'occasion non seulement de se tourner vers leur passé et d'en rendre grâces au Seigneur, mais aussi de découvrir, de reconnaître la face visible de leur Eglise. Tels sont les points positifs de l'Année sainte pour mon diocèse.

Eglises d'Asie – Le sommet de l'Année sainte devrait être la grande assemblée du peuple de Dieu qui doit se dérouler en novembre à Saigon. Elle devrait recueillir et faire apparaître au grand jour les aspirations profondes de l'Eglise du Vietnam aujourd'hui. Comment votre diocèse prépare-t-il ce grand événement ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – La grande assemblée du peuple de Dieu sera organisée dans le diocèse de Saigon le 24 novembre 2010. Ce sera effectivement le sommet de l'Année sainte, un événement d'envergure nationale, un véritable sommet dans la mesure où il constituera une tribune pour tous les membres du peuple de Dieu au Vietnam qui auront l'occasion de s'exprimer et de faire entendre leur propre voix.

Les catholiques de notre diocèse continuent de mener leur vie religieuse d'une façon traditionnelle. Ils se soumettent davantage qu'ils ne s'expriment et ne se manifestent. C'est pourquoi, bien qu'ils aient déjà beaucoup entendu parler de cette grande assemblée, ils se préoccupent moyennement des déclarations ou des revendications qu'ils pourraient faire monter vers elle. Il semble qu'ils attendent plutôt de connaître quel type de message leur sera délivré par l'assemblée, à eux comme à l'ensemble de l'Eglise du Vietnam. En réalité, ce sont surtout ceux qui ont été choisis pour représenter le diocèse qui se préoccupent de préparer cette assemblée. En dehors de l'évêque du diocèse et du vicaire général, il y aura deux délégués laïcs qui participeront à ce rassemblement. Ils ont déjà été choisis et leur rôle consistera à recueillir l'ensemble des voix s'exprimant dans le diocèse et de les présenter à l'assemblée. Nous espérons que ce sera une occasion pour les fidèles de s'apercevoir qu'ils sont pris en compte et qu'ils jouent véritablement un rôle au sein de l'Eglise.

Eglises d'Asie – L'Année sainte avait été prévue et préparée de longue date. Un autre événement non prévu, mais peut-être prévisible, est venu marquer et peut-être troubler cette année 2010, à savoir la démission de l'archevêque de Hanoi, acceptée par le Saint-Père le 13 mai dernier, et son remplacement par Mgr Pierre Nguyên van Nhon, président de la Conférence épiscopale. Le mécontentement de certains s'est manifesté publiquement lors de certaines cérémonies. Sur Internet, des accusations et calomnies graves ont été portées. Monseigneur, pour les lecteurs français d'Eglises d'Asie, pourriez-vous d'abord nous rappeler les faits en commençant par ceux qui en ont été les causes en 2008 et 2009 ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – Beaucoup de gens se sont posé la question : « Pourquoi Mgr Kiêt est-il parti ? » Etait-ce la volonté personnelle de l'archevêque ? A-t-il subi des pressions du Saint-Siège, de la Conférence épiscopale, ou de l'Etat vietnamien ? De nombreuses personnes pensent que le départ de Mgr Ngô Quang Kiêt est un événement dont l'Eglise du Vietnam doit s'attrister. Mgr Kiêt était pour elle une raison d'espérer, le symbole du courage face au régime communiste. A mon avis, dans ces jugements d'orientations différentes, il y a une part de vrai, mais aussi une part d'erreurs. Je ne suis pas le porte-parole de Mgr Ngô Quang Kiêt, pas plus que le représentant de la Conférence épiscopale. Je parle à titre personnel et en m'appuyant sur ce que j'ai entendu de la bouche de Mgr Joseph Kiêt. Il m'a confié que lorsqu'il était encore à Lang Son, il y a quelques années, il souffrait déjà d'insomnies et il ne parvenait pas à se soigner. Après son arrivée à Hanoi, ses insomnies ont continué. Il s'est alors aperçu que sa santé n'était pas assurée et que, de plus, elle se dégradait. Il a alors rédigé une demande de démission, une démission qui lui était dictée par sa conscience.

Il considérait simplement que s'il continuait à travailler, les inconvénients pour le diocèse de Hanoi seraient plus grands que les avantages. C'est pourquoi il a conclu qu'il devait s'en aller, pour le bien du diocèse. Ces réflexions sont venues à l'esprit de l'archevêque, dans le contexte des conflits de terrain qui ont éclaté alors, d'abord à la Délégation apostolique de Hanoi, en fin d'année 2007, puis à la paroisse de Thai Ha. C'est ainsi que les gens ont associé ces conflits de terrain avec la décision de démissionner prise par l'archevêque. Selon ce que Mgr Kiêt m'a confié, il n'a jamais cédé à aucune pression d'où qu'elles viennent. Il a osé sa démission parce qu'il pensait que sa santé ne lui permettait pas de continuer à accomplir normalement son ministère. Et il a présenté cette démission avec insistance jusqu'à ce qu'elle soit acceptée par le Saint-Siège. Au début, il s'est adressé à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, au cardinal Ivan Dias. Après avoir attendu longtemps une réponse de cette congrégation, qui n'est pas venue, il a adressé directement sa demande au Souverain pontife lui-même et, le 13 mai 2010, celui-ci a fait connaître son acceptation dans un communiqué public.

Eglises d'Asie – Dans une première intervention, le jour de l'intronisation du nouvel archevêque coadjuteur de Hanoi, le 7 mai, alors que des manifestations de soutien à l'ancien archevêque se faisaient entendre sur le parvis de la cathédrale, vous vous étiez d'une certaine façon réjoui que les évêques puissent enfin entendre la voix du peuple de Dieu. Est-ce toujours votre avis ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – Le 7 mai 2010, alors que la province ecclésiastique de Hanoi et plus particulièrement l'archidiocèse accueillait Mgr Pierre Nguyên Van Nhon qui venait d'être nommé par le Saint-Père archevêque coadjuteur de Hanoi, au cours de la messe d'intronisation, j'ai exprimé l'idée suivante : c'était l'occasion pour la Conférence épiscopale d'écouter la voix de la communauté du peuple de Dieu dans son expression véritable et entière. Depuis, on m'a souvent posé la question : « Continuez-vous de penser la même chose ? » Ma réponse est oui, et cela pour deux raisons. D'abord parce que nous sommes entrés dans des temps nouveaux où les médias et Internet jouent un rôle de plus en plus important. La voix des fidèles et leurs déclarations peuvent ainsi se faire entendre dans des conditions les plus favorables aussi bien du monde des dirigeants de l'Eglise que de l'opinion publique. Ce phénomène oblige les dirigeants de n'importe quelle organisation, dans la société comme dans l'Eglise, à prêter l'oreille et à les écouter plus attentivement.

La seconde raison réside dans le fait que, dans les temps qui sont les nôtres, les fidèles bénéficient d'un niveau de culture plus élevé et, grâce à l'ensemble des moyens de communication, peuvent suivre attentivement l'actualité, sont informés de nombreuses nouvelles concernant leur Eglise. De même, il leur est devenu facile de s'exprimer. Pour ces deux raisons, il n'y a rien d'étonnant à ce que les évêques, au Vietnam comme ailleurs dans le monde, se préoccupent davantage d'écouter la voix des fidèles.

Eglises d'Asie – Peut-on craindre une certaine division au sein du clergé comme des fidèles ? Certains ont vu dans la polémique qui a suivi la démission de l'archevêque de Hanoi une manœuvre venue d'ailleurs, pour déstabiliser une Eglise qui venait de donner une image impressionnante de son unité à travers les cérémonies d'inauguration de l'Année sainte à Ke So. Que pensez-vous de cette interprétation ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – Si la question porte sur la démission de Mgr Kiêt et que l'on suggère ainsi qu'elle est due à une pression venue d'ailleurs, on ne peut que répondre ce que lui-même a révélé, à savoir que cette décision lui avait été dictée par sa conscience et n'avait été influencée par aucune autre pression extérieure. Reste la question de savoir si le départ de Mgr Kiêt à provoqué une division dans les rangs du clergé, des fidèles, et même de la hiérarchie de l'Eglise du Vietnam. Je pense qu'il faut distinguer, préciser et d'abord s'entendre sur le sens du mot « division ». Si l'on entend par division une prise de position qui oppose un parti contre un autre à l'intérieur de l'Eglise, cela n'est pas le cas chez nous.

Hors de l'Eglise, il existe des gens qui ne l'aiment pas, qui veulent la diviser et briser son unité. Mais cela n'est pas propre au Vietnam. Tout au long de l'histoire, on trouve des ennemis de l'Eglise qui préfèrent avoir sous les yeux une Eglise divisée. Cela n'a rien d'étrange et c'est un phénomène récurrent dans l'histoire de l'Eglise. En fait, ce qui se passe aujourd'hui au Vietnam correspond objectivement à un changement d'attitude dans le mode d'expression, un changement propre à notre époque. On affirme sa différence, on met en avant son opinion personnelle sans crainte. Il faut donc distinguer entre volonté de séparation ou de division, et volonté de mettre en avant sa propre conception. Dans l'Eglise du Vietnam, il y a sans doute une aspiration à faire valoir ses différences, mais personne ne parle de division ou de séparation.

Eglises d'Asie – Pour conclure, en tant que vice-président de la Conférence épiscopale du Vietnam, pourriez-vous faire le point sur les relations entretenues avec les autorités par la hiérarchie, le clergé et les fidèles de l'Eglise catholique ainsi que sur l'avenir de celles-ci ?

Mgr Joseph Nguyên Chi Linh – A la question des relations entre les diverses composantes de l'Eglise du Vietnam et les autorités communistes, j'aimerais répondre d'une façon historique. Au cours d'une première période, les malentendus se sont accumulés entre catholiques et communistes pour des raisons idéologiques et à la suite de circonstances historiques. Après un certain temps de vie côte-à-côte, catholiques et communistes ont acquis une certaine connaissance les uns des autres, une compréhension qui est encore loin d'être complète, surtout dans les campagnes. De très nombreux cadres ont maintenant eu l'occasion de voyager à l'étranger. Certains ont visité le Vatican, d'autres ont même accompli un voyage en Terre sainte. Ils ont donc ainsi eu de nombreux contacts avec la communauté internationale, au sein de laquelle se trouvent de nombreux pays chrétiens. Ils portent un jugement plus objectif sur le christianisme en général et les catholiques en particulier.

Quant aux catholiques, ils partagent la même terre et vivent sous le même ciel que leurs compatriotes communistes. A cause de l'esprit évangélique, mais aussi de l'esprit vietnamien qui cherche toujours à apaiser les tensions, ils ont recherché une manière de vivre ensemble plus détendue et s'appuyant sur la bonne volonté mutuelle. La population a acquis la conviction que les conflits perpétuels ne font que rendre la vie encore plus difficile. La compréhension mutuelle s'est donc élargie. On a éliminé certains obstacles rendant les rapports entre les deux parties plus difficiles. Jusqu'à présent, cette compréhension mutuelle est loin d'être parfaite. Cependant, elle a, pour le moins, créé une perspective nouvelle. Entre les Vietnamiens, il reste encore beaucoup de différends et de différences venant des idéologies et des conceptions politiques. Mais il est possible de se comprendre, d'envisager de créer ensemble un avenir commun. Je me réfère à la bonne volonté de chacune des parties ; chacun désire vivre dans la concorde, l'union, la solidarité, en extirpant les racines de la division et en éliminant les motifs de désaccord qui nous séparent. Je ne sais pas dans quelle mesure ce point de vue est utopique, mais c'est mon opinion personnelle et, en fin de compte, je suis optimiste en ce qui concerne les relations que je viens d'évoquer. En outre, cette convivialité pacifique fait partie des valeurs évangéliques. En conclusion, je ne peux qu'appeler tous les hommes de bonne volonté à édifier cette manière de vivre ensemble dans la paix, conformément à l'esprit de l'Evangile.
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عن الاتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة - لبنان

عضو في الإتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة UCIP الذي تأسس عام 1927 بهدف جمع كلمة الاعلاميين لخدمة السلام والحقيقة . يضم الإتحاد الكاثوليكي العالمي للصحافة - لبنان UCIP – LIBAN مجموعة من الإعلاميين الناشطين في مختلف الوسائل الإعلامية ومن الباحثين والأساتذة . تأسس عام 1997 بمبادرة من اللجنة الأسقفية لوسائل الإعلام استمرارا للمشاركة في التغطية الإعلامية لزيارة السعيد الذكر البابا القديس يوحنا بولس الثاني الى لبنان في أيار مايو من العام نفسه. "أوسيب لبنان" يعمل رسميا تحت اشراف مجلس البطاركة والأساقفة الكاثوليك في لبنان بموجب وثيقة تحمل الرقم 606 على 2000. وبموجب علم وخبر من الدولة اللبنانية رقم 122/ أد، تاريخ 12/4/2006. شعاره :" تعرفون الحق والحق يحرركم " (يوحنا 8:38 ).